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La semaine dernière, deux forums francophones de logiciels métiers ont retiré leurs barres de niveau. Les messages de justification tenaient en une phrase : « On ne paie pas les gens qui tiennent la maison. » Derrière le slogan, il y a un calcul plus précis. Les badges servaient surtout à rassurer l’équipe interne. Ils disaient peu aux membres qui répondent déjà, tard le soir, sans attendre une médaille.
Nous avons relu les archives d’un forum nancéien né en 2019. Les contributeurs les plus cités n’avaient presque jamais cliqué sur leur profil. Ils arrivaient par une alerte e-mail, répondaient, et partaient. Leur reconnaissance passait par une mention dans le fil suivant, pas par un compteur. Quand la marque a introduit des « niveaux d’expertise », trois d’entre eux ont réduit leur présence. L’un a écrit : « Je ne suis pas un personnage. »
Le community-led growth, dans ces cercles, ne consiste pas à convertir le bénévolat en tableau. Il consiste à rendre visible le travail déjà fait : citer la personne, lui laisser clore un sujet, l’inviter à une table ronde sans script commercial. Ces gestes coûtent du temps de rédaction, pas un plugin.
Cela ne signifie pas que toute gamification est vaine. Un club d’usagers strasbourgeois garde un calendrier de « tours de rôle » pour l’accueil des nouveaux. Ce n’est pas un score. C’est une corvée partagée, écrite noir sur blanc. La différence se lit dans la syntaxe : on nomme une tâche, on ne décerne pas un titre.
Pour les équipes qui hésitent, une question de rédaction suffit : qui, dans votre cercle, continuerait demain si l’on retirait tous les badges ? Écrivez leurs noms. Puis demandez-leur ce qu’ils refusent. La revue de la semaine part souvent de cette liste-là.